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La Journée mondiale de la traduction est célébrée à l'ONUG
15 octobre 2008 / 04:52

[Genève | Auteur : DGACM Genève]

International Year of Languages La Journée mondiale de la traduction a été célébrée pour la première fois au Palais des Nations, le 1er octobre 2008, en présence du linguiste Claude Hagège, professeur au Collège de France, à l’occasion de l’Année internationale des langues. 

Au cours de la conférence magistrale qu’il a prononcée sur le thème « La confrontation des cultures et leur incidence sur la traduction », Claude Hagège s’est exprimé dans les six langues officielles de l’ONU devant un parterre de plus d’une centaine de traducteurs,  d’interprètes et de représentants des missions permanentes. 
 

Claude Hagège a tout d’abord rappelé les activités sous-jacentes à l’acte de traduire en prenant pour exemple la langue roumaine qui a eu recours à différents équivalents pour exprimer la notion de traduction à travers les âges : « sortir un contenu », « restituer un contenu », « extraire un sens », « interpréter », « refaire et transformer », « romaniser ». La traduction, le plus vieux métier au monde, puisqu’on a traduit dès lors que deux communautés étrangères se sont trouvées confrontées, permet de « faire dégorger aux langues leur mystère ». Car la traduction reflète l’antiquité des cultures ; elle constitue une pièce maîtresse dans le dossier de la recherche des universaux, à savoir des contenus sémantiques communs que les cultures véhiculent à travers les langues.

 

C’est en étudiant les parties « dures » des langues, celles qui ne peuvent être traduites, que ces universaux apparaissent. Claude Hagège a montré comment le système phonologique et morphologique des langues est porteur de sens et comment ce sens est rendu par les traducteurs, bien que les outils eux-mêmes, souvent spécifiques à chaque langue, ne puissent pas toujours passer de l’une à l’autre. 

Il a rappelé à cette occasion les différences morpho-syntaxiques du français et de l’anglais telles qu’elles sont reflétées dans les textes français et anglais de la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations Unies ; il a mentionné la richesse de la morphologie verbale de la langue bulgare où il existe une forme de conjugaison spéciale pour dire on dit qu’elle est venue, lorsque l’orateur n’est pas le témoin direct, que l’anglais rendra par un adverbe allegedly "she came" et le français par un conditionnel elle serait venue ou par une locution d’après ce que je crois savoir, "elle est venue".

 

Le linguiste s’est ensuite arrêté sur la néologie pour conclure qu’il est préférable de privilégier la transparence pour une communauté linguistique donnée à l’opacité mondialiste, cette dernière conduisant à créer des termes qui s’insèrent bien dans le concert des nations mais restent opaques aux locuteurs de la langue en question.

 

Selon Claude Hagège, les différences entre les langues ne se situent pas au niveau de leur richesse de vocabulaire car ce qui n’existe pas dans le lexique d’une langue peut toujours être exprimé par des formulations descriptives. Les différences résident dans ce que certaines langues obligent à dire (la classification  en chinois, par exemple) et que d’autres ne disent pas. La traduction est possible car elle porte sur le contenu sémantique, c’est-à-dire les invariants universels.