Please note that all PDF documents are marked as such and will open in a new browser window.
Intervention de S.E.M Modibo SIDIBE, Ministre des Affaires étrangères et des Maliens de l'extérieur Cinquante sixième session ordinaire de l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies - New York, le 12 novembre 2001
12 November 2001 / 10:26

MALI

Intervention de

S.E.M Modibo SIDIBE,
Ministre des Affaires étrangères et des Maliens de l'extérieur

Cinquante sixième session ordinaire de
l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies

New York, le 12 novembre 2001

 
Sous reserve de modifications


 
 

Monsieur le Président,

Permettez-moi, tout d'abord, de vous adresser mes félicitations les plus chaleureuses pour votre élection comme Président de la cinquante-sixième session de l'Assemblée générale des Nations Unies.

Je saisis cette occasion pour vous assurer de l'entier soutien de ma délégation dans l'exercice de votre lourde et exaltante mission.

Je suis persuadé qu'avec votre expérience et vos talents avérés de diplomate, vous conduirez nos débats avec succès.

A votre prédécesseur, S.E.M. Harri Holkeri, je voudrais adresser mes sincères et chaleureuses félicitations pour la compétence, le dévouement, l'efficacité et l'autorité dont il a fait preuve dans l'accomplissement de son mandat, si riche en événements importants, pour la vie de notre Organisation.
Permettez-moi également de saisir cette occasion pour féliciter Monsieur Kofi Annan pour sa réélection au poste de Secrétaire général de notre Organisation et lui renouveler toute la reconnaissance de mon pays, le Mali, pour son combat constant et sa détermination dans la recherche d'un monde meilleur face aux multiples et complexes défis du monde actuel.

L'attribution du prix Nobel de la paix à l'Organisation des Nations Unies et à M. Kofi Annan consacre le travail accompli par le Secrétaire général pendant les cinq années écoulées et constitue une raison de légitime fierté pour l'Africain que je suis.
 

Monsieur le Président,

Notre cinquante-sixième session revêt une importance particulière, en ce sens qu'elle se tient au lendemain des attentats terroristes sanglants qui ont endeuillé la nation américaine le 11 septembre 2001. Le Gouvernement du Mali a fermement condamné ces actes odieux, exprimé sa solidarité au peuple américain et son soutien à la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes et ses manifestations.

Le Mali a déjà engagé les mesures nécessaires à la mise en oeuvre de la résolution 1373 du Conseil de sécurité et notamment par la mise en place d'un comité interministériel chargé de l'application des mesures internationales et de leur coordination.

De même, nous avons engagé la ratification de différentes conventions de lutte contre le terrorisme pour compléter l'arsenal juridique indispensable à notre pleine contribution aux efforts collectifs internationaux sous les auspices des Nations Unies, mais aussi aux actions régionales. A cet égard, en plus de la convention de l'OCI pour combattre le terrorisme, nous en appelons à l'entrée en vigueur de l'importante Convention de l'OUA sur la prévention et la lutte contre le terrorisme, adoptée à Alger en juillet 1999 ; également nous en appelons à un partenariat efficace avec l'Afrique pour renforcer ses capacités de lutte contre le terrorisme.

Les actes terroristes du 11 septembre, incompatibles avec le message sublime et tolérant de l'Islam, ont montré à suffisance la vulnérabilité de notre système international actuel et souligné la nécessité, pour y faire face, d'une coopération internationale accrue.

C'est pourquoi, les événements tragiques du 11 septembre 2001, certes appellent les actions en cours contre le terrorisme mais aussi nous engagent pour le moyen et le long termes, à réfléchir sur  les moyens les plus accrus de lutte contre le terrorisme que nous devons conjurer; mais aussi et surtout à engager vigoureusement le programme d'action de la Déclaration du Millénaire, gage de la prospérité pour le plus grand nombre.

Dans cette perspective, le Mali plaide pour une action globale, intégrée et soutenue dans laquelle l'Organisation des Nations Unies devrait jouer le premier rôle. En réitérant l'appel de l'Afrique pour la tenue d'une conférence internationale sur le terrorisme sous l'égide des Nations Unies, le Mali entend appuyer , les initiatives du Secrétaire Général et de son Représentant Spécial, Mr Lakhdar Brahimi qu'il félicite pour sa nomination.

Fortement préoccupé par la situation humanitaire en Afghanistan, nous appelons à une aide humanitaire d'urgence accrue et coordonnée au peuple afghan.
 

Monsieur le Président,

Le prix de la paix et de la sécurité, c'est aussi un contrôle rigoureux des armements.

Le Mali continuera de soutenir de manière active et résolue les efforts internationaux et régionaux dans le domaine du désarmement et de la non-prolifération des armes nucléaires et des autres armes de destruction massive.

La question des armes légères constitue pour nous une autre source de préoccupation. En effet, les armes légères participent à la dégénérescence de l'équilibre social, alimentent les conflits et déstabilisent les Etats, compromettant ainsi tous les efforts de développement.

Le Mali, qui a abrité la Conférence préparatoire africaine, oeuvrera au succès du suivi des conclusions de la Conférence des Nations Unies sur le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects et à la pleine mise en oeuvre du plan d'action issu de cette importante conférence.

L'expérience ouest africaine en la matière constitue une initiative appréciable à soutenir à travers la déclaration du Moratoire de la CEDEAO sur l'importation, l'exportation et la fabrication des armes légères, et le Programme d'Action pour la sécurité et le développement (PCASED).
 

Monsieur le Président,

La sous-région de l'Afrique de l'Ouest, reste marquée par la persistance des conflits, un niveau élevé de pauvreté, le commerce illicite des armes, la multiplication des bandes armées,...

Pour maîtriser les conflits, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest a privilégié une approche régionale de prévention et de gestion des conflits afin d'appréhender leurs causes profondes et leurs conséquences humanitaires.

Adopté, en 1999, le Protocole relatif au Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité de la CEDEAO est un outil majeur de prévention et de gestion régionales des conflits, voire avant-gardiste avec son conseil de médiation et de sécurité, son système d'alerte précoce et son ancrage dans la consolidation de la démocratie, des droits humains et de leur sauvegarde.

Le Mali se félicite et encourage les évolutions positives qu'a connues le processus de paix en Sierra Leone, depuis la deuxième réunion du Comité des six du Conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO avec les Nations Unies, le Gouvernement de Sierra Leone et le Front révolutionnaire uni, le 2 mai 2001 à Abuja (Nigéria).

Des progrès, encore fragiles, ont été réalisés dans la zone du Mano River Union et dont témoignent les différentes rencontres ministérielles entre les trois pays , la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone. La CEDEAO entend poursuivre ses efforts pour aider à faire de l'Union du fleuve Mano un pôle de stabilité et de développement.

Le récent Sommet des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la CEDEAO sur une approche globale et intégrée des questions sécuritaires soulignent encore la volonté de l'Afrique de l'Ouest d'assumer ses responsabilités avec l'accompagnement des différents partenaires.
 

Monsieur le Président,

La mise en oeuvre de ces initiatives et approches ouest africaines de prévention et de gestion des conflits nécessitera une assistance subséquente de la communauté internationale, en particulier des Nations Unies. A cet égard, il est heureux de constater qu'un véritable partenariat s'est instauré entre les Nations Unies et la CEDEAO. Nous encourageons vivement la création du Bureau des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest, telle que recommandée par la Mission inter-institutions qui s'était rendue dans la région du 6 au 27 mars 2001.
 

Monsieur le Président,

La session extraordinaire de l'Assemblée générale qui sera consacrée aux enfants sera l'occasion de construire une vision progressiste et universaliste pour promouvoir un "Monde digne des enfants" avec la participation de tous dans le cadre d'un mouvement mondial en faveur des enfants.

La CEDEAO qui s'est préparée à cette rencontre, poursuit ses efforts dans l'application du Plan d'action d'Accra sur la situation des enfants en conflit avec l'ouverture d'un Bureau spécial chargé de cette question, le protocole qui sera prochainement adopté sur le trafic des enfants, et l'ïnitiative régionale des journées conjointes de vaccination. Prochainement sera examiné une décennie de la culture aux droits des enfants.

La création de la Cour pénale internationale que consacre le statut de Rome permettra non seulement de juger les auteurs des crimes les plus graves et attentatoires à la dignité de la personne humaine mais elle sera également un instrument de dissuasion, susceptible de contribuer ainsi au maintien de la paix et de la sécurité internationales.

A cet égard, je rappelle que le Mali a déjà ratifié le Statut de Rome marquant ainsi son adhésion à la lutte contre l'impunité et pour le plein respect de la dignité humaine, et lance un appel aux autres pays pour en faire autant afin que la Cour devienne une réalité dès l'année prochaine.

Dans le domaine de la sécurité humaine, nous nous devons d'apporter une réponse adéquate au fléau du VIH/sida après la session extraordinaire de juin 2001, réponse globale et urgente, de même que nous devons accroître le potentiel de lutte contre le paludisme.
 

Monsieur le Président,

Notre responsabilité est grande au regard de la persistance des inégalités et de l'accroissement de la pauvreté. Les peuples du monde aspirent à l'éducation, à l'emploi, à la santé, à l'autosuffisance alimentaire, en un mot, attendent d'accéder pour leur immense majorité à des conditions de vie plus dignes et plus humaines.

Dans cette perspective, l'Afrique qui entend concrétiser son union, se veut désormais le premier acteur de son destin et a besoin d'une solidarité manifeste en guise de mesure d'accompagnement afin de renforcer ses capacités et mobiliser ses propres ressorts de développement. Elle s'investira pleinement à la mise en oeuvre du Programme d'actions de la Illème Conférence des. Nations Unies sur les PMA, tenue à Bruxelles en mai 2001.

Car, comme le déclarait le Président KONARE, celle-ci "est de par sa tenue même une avancée, elle est aussi un test pour la communauté internationale après la Déclaration du Millénaire. Le succès ne sera là que si s'affirmait davantage la volonté de passer à des actes concrets, d'envisager des mesures plus fortes et plus hardies de financement du développement, d'accroître l'efficacité de l'aide extérieure et de régler les problèmes qui entravent le développement durable des PMA" fin de citation.
 

Monsieur le Président,

La Conférence de Monterrey sur le financement du développement qui se tiendra en mars 2002, devra représenter un événement important et un interface de dialogue pour trouver des moyens nouveaux susceptibles de contribuer au financement du développement et réaffirmer la volonté politique de tous d'atteindre des objectifs concrets en matière de développement.

C'est pourquoi, le Mali considère que la Conférence devra aboutir à l'adoption d'une déclaration politique concise avec des objectifs stratégiques précis, traduisant la volonté collective d'agir pour résoudre le problème du financement du développement et jeter les bases d'un partenariat mondial véritable.

L'Afrique se félicite du fait que le débat de haut niveau de la Session de fond 2001 de l'ECOSOC tenu à Genève en juillet 2001 ait eu pour thème "le rôle de l'ONU dans le développement de l'Afrique" dans l'attente de la concrétisation des mesures qui y ont été envisagées.

En effet, ce rôle ne doit pas être simplement perçu et déclaré, mais assumé et joué pleinement.

C'est pourquoi, nous formons le voeu que la session ministérielle de l'OMC présentement en cours à Doha au Qatar, favorisera des avancées nouvelles et décisives pour permettre à l'Afrique de valoriser ses atouts stratégiques.
 

Monsieur le Président,

L'entrée en vigueur de l'Union africaine dont l'Acte constitutif a été signé à Lomé le 12 juillet 2000, traduit l'engagement des dirigeants africains en faveur de l'intégration de notre continent.

En effet, l'établissement de l'Union africaine et le lancement du Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique pour l'élimination de la pauvreté â travers le développement durable, sont de nature à conforter la dynamique d'intégration régionale. A cet égard, nous lançons un appel à la communauté internationale pour qu'elle apporte son assistance à cette initiative africaine pleine de promesses en vue de sa mise en oeuvre plus que salutaire pour l'avenir des peuples du continent.
 

Monsieur le Président,

Notre Organisation demeure plus que jamais interpellée, pour promouvoir la paix et la sécurité internationales, et réaliser le 10 développement pour tous. Mais à l'interface de l'ONU, se grave notre image et notre qualité d'Etats membres, d'acteurs de la conduite de notre avenir commun.

Ceci, pour rappeler notre responsabilité commune et partagée de faire régner la paix au Moyen-Orient, dans les Balkans, dans les régions des grands Lacs pour seulement s'en tenir à ces cas, de magnifier et de rendre justice à la nature humaine, de plus de solidarité et d'assistance aux multiples crises humanitaires.

Au Moyen-Orient, la situation demeure préoccupante par la persistance de la violence dans les territoires palestiniens occupés.

Le Mali qui condamne fermement les violences dont est l'objet le peuple palestinien, considère que les résolutions 242 (1967) et 338 (1973) du Conseil de sécurité et le principe de l'échange de la terre contre la paix et les autres résolutions pertinentes des Nations Unies doivent servir de base aux négociations et à l'établissement d'une paix juste, globale et durable. En appelant à la reprise de telles négociations, nous réitérons notre indéfectible attachement aux droits légitimes du peuple frère Palestinien y compris celui de l'établissement d'un Etat indépendant.

Par ailleurs, ma délégation exprime le souhait de la levée définitive des sanctions contre la Jamahiriya Arabe Libyenne.
 

Monsieur le Président,

Dans la péninsule coréenne, région dont vous êtes originaire, ma délégation veut espérer que le processus de réconciliation en cours connaîtra de nouvelles avancées, conformément à la résolution 55/11 de l'Assemblée générale, grâce à un dialogue inter-coréen autonome et renforcé, et notamment la tenue prochaine d'un deuxième sommet. Dans cet esprit, mon pays poursuivra son action en faveur de la réconciliation et de la réunification pacifique des deux Corée.
 

Monsieur le Président,

L'adaptation de l'Organisation des Nations Unies aux exigences de notre monde est d'une ardente nécessité.

Le Mali demeure convaincu de l'impérieuse nécessité de démocratiser l'Organisation des Nations Unies et la restructuration de ses principaux organes afin de les rendre phis représentatifs et plus crédibles. C'est qu'en effet, une démocratisation du Conseil de sécurité, dont la structure ne correspond plus aux réalités du monde d'aujourd'hui, traduira notre volonté commune de rendre cet organe plus efficace, plus représentatif et plus légitime.

Dans cet ordre d'idées, nous réitérons les exigences de l'Afrique pour une répartition équitable dans les deux catégories de sièges conformément à la Déclaration de Harare et aux décisions adoptées par les chefs d'Etat et de gouvernement de l'OUA.
 

Monsieur le Président,

Les peuples des Nations Unies nous attendent et nous observent dans nos promesses contenues dans la Déclaration du Millénaire.